NOTRE ARRIVÉE À AUCKLAND

Le départ est dans quelques heures. On nous demande si nous sommes impatients de partir, mais nous sommes incapables de répondre positivement à cette question.
Oui, nous sommes contents d’enfin réaliser ce rêve qui nous habite depuis tant de mois. Mais non, nous ne ressentons pas d’impatience particulière, pas d’engouement, pas d’excitation quelconque.

J’ai toujours pensé que ce départ pour le bout du monde et l’aventure allait me faire languir d’impatience, que j’allais compter les jours comme une gosse avant Noël.
J’y ai tant de fois pensé et je m’y suis tant de fois projeté… A bien des reprises, mon corps s’est vu parcourir de frissons en imaginant, juste un instant, ce sentiment indescriptible de liberté auquel j’allais bientôt goûter.
Mais, sans m’en douter une seule seconde, je me trompais.

Ces derniers jours ont été très chargés, entre notre déménagement, les au-revoir avec nos familles et la mise en place de la garde de nos deux chats amours, Chestak et Anoki.

On réalise chaque jour un peu plus ce(ux) que nous allons quitter, ce(ux) que nous ne reverrons pas avant de nombreux mois, mais toujours sans savoir réellement ce que nous allons trouver en échange.
Et il devient soudain difficile pour nous deux d’être excités à l’idée de laisser tout ce qu’on aime derrière nous, tout en étant incapables de se projeter dans ce qui nous attend vraiment.

Auckland Sky Tower

Ce manque d’engouement est assez déstabilisant et inattendu, mais l’idée de partir parcourir le monde juste tous les deux nous fascine et nous attire toujours autant, et nous sommes bien sûr heureux d’être sur le point d’accomplir ce rêve ensemble !

Mardi 15 novembre, il est 10h00, nous sommes à Paris, assit dans l’avion qui s’apprête à décoller. Nos téléphones ne cessent de vibrer, annonçant chaque fois de nouveaux messages. On s’empresse d’y répondre, sachant qu’il ne sera plus possible de le faire ensuite.
Les mots et les pensées de chacun nous font plaisir et nous émeu. Nous parcourons à plusieurs reprises les phrases qui se dessinent  sur nos écrans de téléphone, et nous réalisons l’importance que nous avons aux yeux des autres, mais également celle que nous leur portons.
Le moteur de l’avion vrombit, le décollage est désormais imminent.
Nous pensons à Chestak et Anoki,  que nous laissons derrière nous et que nous ne reverrons pas avant un temps qui nous semble déjà une éternité. Nos cœurs se serrent, et nos yeux s’emplissent de larmes qu’il est difficile de retenir.
Il est 10h30. L’avion s’avance sur la piste, s’élance puis s’envole. Ca y est, la Nouvelle-Zélande n’est plus qu’à quelques heures de nous. Nos pensées vont vers la France, à qui nous faisons nos derniers au-revoir.

Jeudi 17 novembre, il est 07h30 en Nouvelle-Zélande (et 19h30 en France), quand nos pieds foulent enfin le sol Néo-Zélandais. Les 34 heures de trajet ont été particulièrement longues, et c’est avec soulagement et satisfaction que nous arrivons à l’aéroport d’Auckland.

Nous ne savons pas encore où nous allons passer la nuit, ce qui n’a pas l’air de plaire au douanier. Ce dernier nous questionne à de nombreuses reprises, avec un ton et un regard désapprobateurs, nous donnant l’impression d’être soupçonnés d’on ne sait quelle préméditation douteuse. Les questions s’enchaînent et nos réponses sont de plus en plus floues et incertaines. L’idée qu’on mette les pieds en Nouvelle-Zélande sans la moindre planification ne semble pas lui convenir et, sur le coup, on en vient également à douter quelque peu de cette décision. Mais, après de longues minutes d’interrogatoire, le douanier finit enfin par tamponner nos précieux passeports, permettant, par la même occasion, à notre pouls de reprendre leur rythme normal.

Nous récupérons nos sacs à dos et prenons un peu de temps pour souffler tranquillement tout en réfléchissant à la suite. Ca y est, nous y sommes, c’est maintenant que l’aventure commence !

Il nous faut maintenant nous rendre dans la ville d’Auckland, qui se trouve à environ 20 kilomètres. Les taxis sont trop chers et les bus, bien que plus abordables, restent tout de même un peu trop chers à notre goût (36$ pour nous deux -soit 24€-, ce qui équivaut à notre budget journalier).

Nous ajustons soigneusement nos sacs à dos, vérifions la direction d’Auckland, et nous nous mettons en marche.
Nous longeons une grande route principale, et décidons donc de faire du stop.
Les premières minutes ne sont pas une réussite mais, après plusieurs tentatives et un peu de patience, une voiture finit par s’arrêter. Deux femmes, très gentilles et agréables, nous font monter. Elles ne vont pas à Auckland, mais s’en rapproche.

Nous partageons quelques courtes conversations durant lesquelles nous discutons un peu de notre voyage, ainsi que de la Nouvelle-Zélande, puis elles nous conseillent quelques endroits à voir dans les environs.
Environ vingt minutes plus tard, elles nous déposent à une gare. Nous les remercions chaleureusement à plusieurs reprises avant de nous rendre dans le bâtiment, où nous achetons deux tickets pour Auckland.

Le train nous emmène jusqu’à Britomart, au niveau du port d’Auckland.
Nous découvrons alors la ville qui s’étend devant nous sous un ciel bleu. Les bâtiments se dressent fièrement sous nos yeux, mêlant une architecture moderne et ancienne, tandis que la pointe de la Sky Tower se devine au loin.

C’est à ce moment précis que je m’attends à être enfin prise par l’excitation, la joie ou par un quelconque sentiment qui s’en rapproche. Mais, étonnement, rien ne se passe.
J’ignore si c’est la fatigue qui nous domine, mais nous restons indifférents face à la plus grande ville de Nouvelle-Zélande.
Ce n’est pas un problème en soi, notre amour pour la nature n’est plus à prouver et notre manque d’enthousiasme  face à une ville n’est pas particulièrement étonnant.
Là où nous sommes pris de court, c’est que nous ne sommes pas seulement indifférents à la ville qui nous fait face, mais nous sommes, en réalité, indifférents face au commencement officiel de notre périple.

Nous avons tendance à penser que partir voyager en quittant tout ce que nous possédons et en s’offrant à part entière à la Liberté (la vraie), nous allons être, dès le premier jour, enivrés de bonheur et de légèreté.
Mais la réalité est différente. Ou du moins, elle l’a été pour nous.
C’est déstabilisant mais aucun sentiment particulier ne s’est installé en nous, que ce soit avant le départ, pendant le trajet, ou à notre arrivée.

L’engouement et l’euphorie auxquels nous nous attendions sont absents.

La découverte d’Auckland ne nous inspire rien de plus.
Nous déambulons dans la ville, en quête d’un endroit où nous rendre, en ne prêtant quasiment pas attention aux bâtiments qui défilent à nos côtés, au rythme de nos pas.

Nous nous rendons à la bibliothèque afin d’utiliser Internet et trouver ainsi un endroit où dormir cette nuit.
Mais la recherche s’avère difficile, du moins dans notre budget. Nous passons plusieurs heures à chercher, encore et encore, sans réussir à trouver quoi que ce soit d’abordable.
Les heures défilent, nous arrivons en milieu d’après-midi et l’épuisement commence à l’emporter après trois jours sans quasiment dormir (notre dernière nuit de sommeil étant celle du dimanche au lundi dernier).

L’impatience nous guette, et nous finissons alors par réserver l’une des dernières possibilités qui s’offre à nous, dépassant largement notre budget (mais sans être exorbitant pour autant) : un petit logement en Airbnb à Devonport, une ville qui se trouve à quelques minutes en ferry d’Auckland.
Une réservation longue et pénible (qui finit par mettre mes nerfs à rude épreuve) et 141$ (93€) plus tard, le logement est officiellement à nous pour la nuit à venir. C’est cher, mais nous avons  besoin de nous reposer et nous sommes donc vraiment soulagés et satisfaits.

Nous retraversons Auckland dans le sens inverse, sans porter plus d’attention à ce qui nous entoure, prenant simplement le temps de nous arrêter pour chercher notre direction.

Le trajet en ferry nous permet d’observer la ville d’Auckland avec plus de recul, tandis que nous nous rapprochons de Devonport. Environ dix minutes plus tard, nos pieds touchent de nouveau la terre ferme, et nous nous mettons en marche en direction de notre location, qui se trouve à quelques centaines de mètres.

Ferry d'Auckland à Devonport

Le ferry d’Auckland à Devonport

Il est 18h00 quand nous arrivons, et nous sommes plus que soulagés de nous y installer tranquillement.
Il s’agit d’une chambre privée d’environ 15 m² avec une kitchenette et une salle de bain. C’est parfait !
Quand vient mon tour de prendre une douche, je laisse l’eau chaude couler sur mon corps en appréciant l’effet apaisant de cette dernière. Après autant d’heures de vol, c’est un vrai plaisir de se laver enfin !
Sachant qu’on ignore quand sera notre prochaine douche, j’essaie d’en profiter autant que possible mais, il s’est à peine écoulé une minute que l’eau chaude laisse place à une eau froide qui me saisit.
J’abandonne de suite l’idée d’une bonne douche et je me presse de me laver, entre deux tremblements.

Le logement a la wifi et nous voulons donc en profiter pour planifier un peu les jours à venir, et chercher un coin de nature dans lequel nous engouffrer durant plusieurs jours ou, le cas échéant, au moins plusieurs heures.
Mais nous sommes épuisés. Je peine à lire les phrases qui défilent sur les pages que j’ouvre, et malgré toute ma volonté à me concentrer, je ne parviens pas à assimiler ce que je lis.

Vincent prend le relais, tandis que je m’allonge à ses côtés sur le lit, m’enveloppant avec plaisir dans la couette.
Le matelas est très confortable et il devient de plus en plus difficile de rester éveillée. Je tente de lutter pour garder les yeux ouverts, mais en vain. Il est environ 19h30 quand la fatigue m’emporte.
Vincent, de son côté, prend juste le temps de donner quelques nouvelles en France, avant de s’endormir à son tour, dans les alentours de 20h00.

Et n’hésite pas non plus à nous laisser un petit commentaire 😀

2 réponses
  1. Sandrine
    Sandrine dit :
    Et bien en effet, cet article n’est pas des plus joyeux, et ne décrit pas un début de voyage idyllique.

    En même temps, c’est très couillu ce que vous avez fait. Oser tout lâcher pour partir à l’inconnu, ce n’est pas rien. Bravo !
    Mais forcément, plus la date approche et plus le doute ou le stress s’installe. Est-ce qu’on a pris la bonne décision, est-ce que tout va bien se passer… ? Marre du train train quotidien, mais appréhension de ce qui vous attend là-bas et de ce que vous laissez derrière vous.

    Et l’arrivée qui ne se passe pas au mieux avec le douanier, le prix des transports, la galère du logement. Sans compter la fatigue et la tristesse du départ. Ca n’a pas dû aider pour l’engouement de l’arrivée. Ca devait sûrement y jouer pour pas mal sur votre moral et votre ressentit.

    Enfin j’espère que tu écris le ressentit correspondant au moment de cette période et qu’aujourd’hui ça va mieux, et que vous pouvez apprécier votre voyage.
    C’est toujours triste de laisser sa vie derrière soi (surtout quand on a des bébés) mais faut se dire que vous ne partez pas pour toujours, même si pas de date retour, c’est « juste » de très longues vacances 😀
    Et de supers vacances. Même s’il y aura des moments de doutes, des moments de galères, vous serez récompensés par une superbe expérience, une belle aventure pleine de découvertes. La liberté en amoureux !

  2. Maëva & Vincent
    Maëva & Vincent dit :
    Merci pour ton commentaire, ça nous fait plaisir !

    Et oui, en effet, le début n’a pas été aussi « excitant » que ce que nous pensions. Mais ça fait partie de notre voyage 🙂
    Et on tient à décrire la réalité comme elle était vraiment, même si tout n’était pas tout de suite beau et rose.

    Quand on lit des blogs ou qu’on regarde des vidéos, on a souvent cette impression que partir voyager est particulièrement enivrant et exaltant dès les premières minutes. Mais ce n’est pas forcément le cas (même si ça vient ensuite avec le temps :p), et on trouvait ça plus « intéressant » d’être réaliste et sincères concernant ce point en particulier.

    Mais sinon, oui aujourd’hui ça fait un mois et notre état d’esprit n’est bien sûr plus le même !! 🙂
    Désormais on a nos repères, nos habitudes, et on s’est bien fait à ce style de vie qui est super aussi !
    Parcourir le monde, découvrir sans cesse de nouveaux endroits et de nouveaux paysages, être totalement libres, vivre comme bon nous semble et faire ce que bon nous semble, c’est vraiment super !!
    Nos chats nous manquent (et nous manqueront durant tout notre voyage de toute façon), mais en dehors ça, ce n’est que du bonheur 😀

    Au jour d’aujourd’hui, nous allons quitter notre garde de maison dans quelques jours, et nous avons déjà hâte d’aller découvrir le reste de la Nouvelle-Zélande, l’Île du Sud, puis tous les autres pays à venir… On est impatients !
    Et on est heureux 🙂

    On est libres, heureux et en amoureux.. que demander de plus ? :p

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